Méningites bactériennes aiguës
Les méningites bactériennes aiguës sont des affections non rares, dont la gravité en termes de morbi-mortalité reste importante malgré les prises en charge actuelles optimisées. L'amélioration du pronostic doit se faire par une reconnaissance et un traitement adéquat le plus précocement possible, soit dès la suspicion de méningite aiguë bactérienne. La démarche diagnostique et thérapeutique est une urgence absolue qui ne souffre aucun délai.
Une méningite est définie par une inflammation des méninges (dure-mère, arachnoïde et pie-mère, contenant le liquide céphalorachidien [LCR]) dont l'étiologie peut être infectieuse ou non. Une méningite bactérienne aiguë correspond donc à la présence d'un syndrome infectieux associé à des anomalies du LCR (hypercellularité soit > 10 éléments/ml, hyperprotéinorachie soit > 0,5 g/l, hypoglycorachie soit rapport glycorachie/glycémie < 0,5) et à la mise en évidence, directe ou indirecte (présence d'antigène, d'acide nucléique), d'une bactérie dans le LCR ou dans un autre site, ou d'anomalies fortement évocatrices de cette étiologie.
Épidémiologie
Sur le plan épidémiologique, les caractéristiques démographiques et microbiologiques sont variables selon les zones climatiques et les pays. L'Organisation mondiale de santé (OMS) estime que 170 000 décès par an sont dus aux méningites bactériennes, principalement liées au méningocoque et au pneumocoque hors période néo-natale. En Afrique sub-saharienne (« ceinture de la méningite »), des épidémies sont liées au méningocoque avec des incidences pouvant aller de 40 à 100/100 000 habitants.
En France, les quatre sources principales de surveillance sont : le réseau EPIBAC de l'Institut de veille sanitaire (InVS) qui a pour objectif le surveillance des infections invasives à Hæmophilus influenzæ, Listeria monocytogenes, Neisseria meningitidis, Streptococcus pneumoniæ, Streptococcus agalactiæ (B) et Streptococcus pyogenes (A) en France métropolitaine ; l'Observatoire national des méningites bactériennes de l'enfant (GPIP-Activ) qui regroupe environ 250 services de pédiatrie et 150 laboratoires de microbiologie et a pour objectif la surveillance des méningites chez les 0-18 ans en France métropolitaine ; les centres nationaux de référence (CNR) ; et les données obtenues via la déclaration obligatoire (listeria, méningocoque).
Ainsi en 2018, l'InVS estime, via le réseau EPIBAC, l'incidence des méningites bactériennes dues aux principaux pathogènes cités précédemment à 2 cas/100 000 habitants, soit 1 278 cas, dont un tiers chez l'enfant de moins de 4 ans. La fréquence des bactéries responsables est variable selon l'âge, mais aussi au cours de temps (Figures S32-P01-C04-1, S32-P01-C04-2, S32-P01-C04-3). Ainsi l'incidence a été estimée (réseau EPIBAC, données 2014) à 2,2 cas/100 000 chez l'enfant de moins de 1 an, et 0,5/100 000 chez les enfants de 2 à 4 ans, et de 0,4 cas/100 000 de 5 à 14 ans. Elle a très nettement diminué ces dernières années. Chez le nouveau-né et le nourrisson de moins de 2 mois, les deux germes les plus fréquemment en cause sont E. coli (en particulier sérotype K1) et surtout S. agalactiae (incidence en baisse depuis la mise en place de mesures de prévention per-partum). Chez l'enfant entre 2 et 12 mois, le pneumocoque et le méningocoque sont en cause à parts quasi égales dans plus de 85 % des épisodes ; et de 1 à 24 ans une part de plus en plus grande des infections à N. meningitidis (50 % des épisodes). Après 25 ans, la part des méningites à pneumo-coque réaugmente pour redevenir très largement majoritaire. À partir de 65 ans on constate une augmentation de la part de méningites liées à L. monocytogenes (environ 70 % de la cinquantaine de cas par an) depuis 10 ans, que ce soit chez l'enfant ou chez l'adulte, l'incidence des méningites à pneumocoque et méningocoque a significativement décrue.

Proportions respectives des bactéries responsables de méningites aiguës dans la population générale en France de 2003 à 2018 (source InVS).

Répartition relative des différentes bactéries dans les méningites en fonction de l'âge, chez l'enfant (données GPIP/Activ).
